LA ROUTE DE LA SOIE (130 avant J.C. – 1453 après J.C.)
Outre les vestiges archéologiques découverts en Inde même, d’importantes découvertes de lainages indiens en dehors de l’Inde ont été faites au siècle dernier. Ces découvertes indiquent que la laine indienne était si populaire pour sa grande qualité entre 300 et 400 après J.C. qu’elle était exportée vers différents pays via la Route de la Soie.
En raison de sa position géographique stratégique entre l’Orient et l’Occident, le Cachemire a joué un rôle important en tant que point de passage sur cette route grâce aux marchands ambulants qui servaient de vecteurs d’échange d’art, de culture et d’idées à tel point que de nombreuses régions situées le long des routes commerciales sont devenues célèbres pour leurs produits spécifiques. Ainsi, pour n’en citer que quelques-uns, Khotan était célèbre pour son jade, ses tapis et ses tissus en soie, Badakhshan pour son lapis-lazuli et ses rubis, le Tibet pour son musc et sa laine pashm, et le Cachemire pour son safran, ses châles fins et ses livres calligraphiques.
C’est bien par la route de la soie que les châles du Cachemire arrivèrent ainsi dans des villes tells Palmyre, en Syrie, ou Antinoé, en Egypte, et dont trois fragments ont été trouvés. Après analyse tous ont été identifiés comme étant fabriqués en laine de Cachemire. Par ailleurs, un examen approfondi a révélé qu’ils avaient été confectionnés avec le même type de sergé utilisé pour produire les châles dans cette région de la péninsule Indienne. L’historien textile suédois Ages Geijer (1898-1989) a déclaré quant à lui que les fragments de laine de Palmyre semblent être d’origine syrienne, pour leur confection, tandis que la laine provenait du Cachemire. En effet, la fibre de cachemire étant inexistante en Syrie, celle-ci était importée depuis son pays d’origine. Les chèvres du Cachemire n’auraient jamais survécu en Syrie, il est donc évident que cette précieuse fibre arrivait sous forme de matière première non filée ou sous forme de pelotes non teintes et que les tisserands syriens en faisaient des habit selon le goût local.
TEMOIGNAGES
Parallèlement aux découvertes archéologiques, plusieurs témoignages de l’existence d’une tradition lainière sont également mentionnés dans les textes védiques, les récits épiques, la littérature religieuse bouddhiste et jaïne et bien d’autres, attestant que cette tradition existait en Inde depuis des temps immémoriaux.
Parmi les documents les plus importants concernant la confection de Châles figurent des livres datant du règne du roi Akbar (1556 – 1605), intitulés Ain-i-Akbari, lesquels malheureusement ne nous apprennent rien sur le style en usage à l’époque. Néanmoins, l’empereur y est décrit comme un grand admirateur des Châles. Non seulement il en possédait un grand nombre, mais il lança la mode de porter deux Châles cousus ensemble et dos à dos, appelés « do-shaala » (littéralement « deux châles »). Cette astuce permettait de cacher l’envers du châle, de sorte que le côté le plus disgracieux n’était jamais visible.
Plus récemment, Pietro della Valle, célèbre aventurier, explorateur, musicien et poète italien, a rapporté en 1623 ses observations sur la façon dont le Châles était porté différemment en Perse et en Inde. Au cours de ses voyages, il constate que si les Perses le portaient comme une ceinture, les Indiens le portaient plus souvent pour envelopper leurs épaules. Dans les deux cas, ce sont surtout les hommes qui en faisaient usage. Par ailleurs, il indique que le degré de finesse du Châle était traditionnellement reconnu comme une marque de noblesse.
Enfin, en ce qui concerne le processus de fabrication des Châles, le récit le plus détaillé et le plus ancien est celui rédigé par William Moorcroft entre 1820 et 1823. Celui-ci révèle une situation dans laquelle la répartition des tâches était très avancée, à tel point que douze spécialistes indépendants voire plus étaient impliqués dans la fabrication d’un seul Châle.